Courir responsable

COMMENT EXPLIQUER L’ENGOUEMENT ACTUEL POUR LA COURSE A PIED ? – ep.1

Par le biais de 5 épisodes, découvrez comment j’explique l’engouement actuel pour la course à pied.

Episode 1 : Courir comme jamais en 2025

Jamais le nombre de courses organisées n’a atteint de tels chiffres (12000 dont 8000 courses de trail et 4000 courses sur route). Jamais les pratiquants n’ont été aussi nombreux (entre 12,5 et 14 millions). Jamais autant de coureurs n’ont cherché à participer à une course organisée : c’est la folie du dossard avec des records de progression au niveau des courses sur route (+ 5.4%) comme au niveau des trails (+ 16.4%). Jamais autant de médias n’ont cherché à décrypter le phénomène. Enfin, jamais autant d’institutions publiques et d’organismes privés ont tenté d’évaluer le marché avec des résultats différents, preuve d’une effervescence inégalée difficilement quantifiable.

Le phénomène n’est pas nouveau et ne peut être non plus attribué au COVID qui a simplement contribué à accélérer la progression. Il s’explique avant tout par des conditions sociétales favorables qui ont modifié l’image et diversifié les usages de la course à pied.

Plus qu’un sport, la course à pied est devenue, au fil du temps, un art de vivre.

Alors comment interpréter cet engouement avec le plus de justesse possible en évitant les idées reçues et les raccourcis trop réducteurs ? Dans cette optique, il est nécessaire d’envisager la course à pied comme une construction sociale évoluant en miroir avec les mutations de la société qui génèrent de nouvelles aspirations. Courir sans entraves, courir sans limites, courir responsable ! Trois révolutions expliquent l’engouement actuel.

  • La première révolution correspond à la métamorphose de l’athlétisme en course à pied dans la mouvance post-moderne de mai 1968. C’est l’objet de mon premier ouvrage « Courir sans entraves », qui éclaire ce renversement des usages athlétiques : jogging, cross loisirs, courses hors stade, marathons populaires et courses en montagne et met en évidence de nouveaux profils de coureurs ordinaires et notamment des femmes.
  • La seconde révolution peut être repérée au tournant des années 1980-1990 avec l’entrée dans l’hypermodernité dont le récit est basé sur la performance sans fins, la surenchère permanente et l’illimitisme consommatoire. La quête de l’extrême et de l’ailleurs fascine alors de plus en plus de coureurs et s’incarne dans des pratiques d’ultra-endurance et des événements hors normes (Diagonale des Fous, Templiers, UTMB…). C’est l’objet de mon deuxième ouvrage « Courir sans limites. La révolution de l’ultra-trail (1990-2025) ».
  • La troisième révolution est en gestation aujourd’hui en phase avec l’émergence de la transmodernité. Cette nouvelle forme culturelle fait cohabiter les valeurs néo-libérales et celles d’un éco-humanisme. Il s’agit pour les coureurs de tracer un nouveau chemin d’existence plus expérentiel et responsable entre recherche de performance et quête intérieure, ente ludisme et sobriété, entre individualité et altérité, entre domestication de et immersion dans la nature. (cf article dans The Conversation, décembre 2025).

    Comprendre la frénésie actuelle pour la course à pied nécessite de convoquer ces trois révolutions qui ne s’excluent pas entre-elles, bien au contraire, mais s’enchevêtrent et s’auto-alimentent, l’une l’autre, dans des formes d’hybridations renouvelées. Elles balisent un processus continu de diffusion sociale de cette pratique en France sur un demi-siècle et éclairent les raisons à l’origine d’un vivier de coureurs en croissance.

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